Une plume trempée…  quelques éclats de fils d’encre.  Avant de la poser sur le papier, quelques souvenirs remontent à la surface, comme des bulles dans un bonne boisson.

Je me souviens de mes premières visites dans les mondes virtuels.  Moi qui était de jour la timide maladroite, incertaine d’être la bienvenue là où me menaient mes pas…  et moi qui se métamorphosait spontanément de soir en une éloquente lyrique des mondes pixels, que les gens écoutent avec intérêt, commentent, et même parfois suivent.  J’osais enfin prendre ma place dans ce monde, j’osais l’existence dans ces mondes parallèles.  Robe de jour et robe de soir.

Le mauvais sort était rompu puisqu »il pesait sur Nadine uniquement, il n’avait pas été prononcé pour Amandine, ni Éphémère, ni Sylphide et encore moins pour la fille d’Athéna !  Le moi-poète, le moi-femme et le moi-philosophe n’étaient plus le moi-invisible.  Tous ces Moi étaient déclinés selon les interlocuteurs, selon mon humeur, selon mes sentiments et selon la météorologie de l »ambiance des salons.  À  l’instar de la robe de Cendrillon, ces pseudonymes nous confèrent tour à tour lettres de noblesse,  anonymité et la fuite instantanée de notre rang social original.

Cette expérience du pseudonyme est aujourd’hui accessible à tous, elle n’est plus la chasse-gardée des auteurs édités.  À l’image des rockstar de notre temps et aussi des écrivains de tous les temps, nous pouvons tous sculpter notre image d’artiste, cette image composée constitue même l’indispensable signature publique de l’artiste.

Cette possibilité de pouvoir à tout instant recommencer, recommencer dans un autre monde pixel, recommencer sous une nouvelle identité, achève de séduire les enthousiastes des mots,  achève de taire les inhibitions si néfastes aux énergies créatrice et délie ainsi le fil de l’encre….   C’est un bâillon pour toutes les inhibitions qui a introduit la pratique du nom de plume, rappelons-nous les auteures femmes d’une autre époque, qui signaient de leur pseudonyme masculin, afin de pouvoir rendre publiques leurs pensées sans difficultés.   D’autres ont voulu savoir si leur pur génie serait reconnu.. et ont ainsi masqué leur nom déjà célèbre.  Les inhibitions qui nous sclérosent la vie, disparaissent aussi facilement que par une baguette magique, juste avec un nouveau nom.  Cette influence montre que bien souvent, nous ne sommes que les acteurs de notre propre pièce de théâtre.

Le nouveau nom, c’est aussi un rite initiatique, un rite de passage.   Le pseudonyme est ainsi le baptême de l’écrivain.  Tournons nos mémoires vers les tribus du monde,  pour plusieurs ce rite de passage à l’âge adulte qui consiste à donner à l’adolescent le nom qu’il s’est mérité par ses actions.

Le nouveau nom est donc une pratique atavique, une coutume ancestrale nous permettant d’oser révéler au monde certaines de nos faces cachées.

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Ils éblouissent, les mille Ulysse

Leur abandonner l’Héritage
pour ces Jeux Rouges en lice
Fulgurance des feux d’artifices

Et cette irrépressible envie de devenir toute petite

De s’enfuir dans le loin-temps
Au creux de la nuit de par l’anneau de lune
S’armer de patience, l’âme de Saturne

Attendre..
Sans contre-temps

Apprendre à respirer seule dans le Vide
S’essouffler et sans cesse recommencer
Simuler la vie..
Violence d’un nouveau souffle
sous le chant des sylphides

Puis oser porter un corps, déviance à la transparence

Une peau d’ivresse et de transes
Sensible dans l’invisible
Fibre vibrante dans l’immense

Puis oser porter un coeur, rougeur sans allégeance

Corolle amarante en proie à la danse, la romance
L’oiseau désemparé de ses alliances
Sous les veines en fusion, l’astre d’effervescence

Oser l’existence, sous les feux des puissances